- Nutrition Infantile
Des marqueurs biologiques pourraient-ils prédire la résolution de l’APLV ?
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Une étude néerlandaise menée auprès de 39 enfants a identifié des biomarqueurs salivaires susceptibles de prédire la persistance ou la résolution d’une allergie aux protéines du lait de vache (APLV) IgE‑médiée. L’APLV correspond à une réaction anormale du système immunitaire face aux protéines du lait. Elle peut être IgE‑médiée ou non IgE‑médiée. Les formes non IgE‑médiées disparaissent généralement tôt dans la vie, tandis que les formes IgE‑médiées sont plus persistantes et leur mécanisme de résolution est encore mal compris. La majorité des enfants guérissent dans les trois premières années de vie, mais une proportion non négligeable présente une allergie durable. Plusieurs facteurs sont associés à cette persistance, comme des taux élevés d’IgE spécifiques, la présence d’une dermatite atopique ou encore l’association à d’autres allergies alimentaires. Si divers marqueurs immunologiques ont été étudiés, aucun ne permet pour l’instant de prédire de façon fiable l’évolution d’une APLV IgE‑médiée.
Afin d’approfondir cette question, les chercheurs ont analysé la salive de nourrissons allergiques. Ils ont comparé 24 enfants chez qui l’APLV a disparu avant l’âge d’un an à 15 enfants chez qui elle persistait. L’analyse a porté sur 92 protéines inflammatoires présentes dans la salive afin d’identifier des biomarqueurs prédictifs de l’évolution de l’allergie. Tous les nourrissons recevaient des formules à base d’acides aminés, enrichies ou non en symbiotiques.
Chez les enfants présentant une APLV persistante, un profil inflammatoire particulier a été observé. Une augmentation précoce de la sous‑unité alpha du récepteur de l’interleukine‑15 (IL‑15RA) est notée jusqu’à l’âge de six mois, suivie d’une diminution entre six et douze mois. Cette évolution évoque une activation accrue des lymphocytes T. Une augmentation progressive de la caspase‑8 apparaît également, ce qui pourrait être lié à une diminution des lymphocytes T régulateurs, cellules essentielles au maintien de la tolérance immunitaire. Parallèlement, une diminution de l’interleukine‑7, cytokine importante pour la survie lymphocytaire et la régulation des réponses Th2, est observée. Pour les auteurs, l’ensemble de ces modifications traduit un environnement immunitaire propice au maintien d’une réponse Th2 et donc d’une réactivité allergique persistante.
À l’inverse, certains biomarqueurs semblent être associés à la résolution de l’allergie. Chez les enfants guérissant avant douze mois, les protéines TNFSF‑14 et EN‑RAGE augmentent plus précocement que chez ceux ayant une APLV persistante. Bien que ces protéines soient traditionnellement considérées comme pro‑inflammatoires, les résultats suggèrent ici un rôle plutôt lié à la maturation du système immunitaire. D’autres protéines, telles que DNER, uPA, IL‑8 et ADA, augmentent progressivement au fil du temps. Ces marqueurs sont associés à la modulation de l’inflammation et à une orientation vers des réponses immunitaires de type Th1, un profil favorable au développement de la tolérance orale. L’ensemble de ces changements semble refléter une progression vers la résolution de l’allergie.
L’étude inclut également une analyse de l’impact des formules contenant des symbiotiques. Bien que certains facteurs inflammatoires soient influencés par la présence de symbiotiques, les résultats ne démontrent pas d’effet clair de ces compléments sur la guérison de l’allergie.
Selon les auteurs, ces travaux mettent en évidence des marqueurs immunologiques prometteurs liés à la persistance ou à la résolution de l’APLV, ouvrant la voie à de futures recherches sur les mécanismes de la tolérance alimentaire et sur l’amélioration du suivi clinique des enfants allergiques.
Dr Roseline Péluchon
Hendrickx DM, Long M, PRESTO study team et al. Identification of potential inflammation markers for outgrowth of cow's milk allergy. PLoS One. 2025 Sep 10;20(9):e0331462.