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Journée RAV 5 Décembre 2025
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En décembre 2025, a eu lieu la 3ème rencontre d’Allergo-Vigilance. Voici les brèves :
Poly-allergie alimentaire chez l’enfant : éviction ou immunothérapie orale ?
Docteur Philippe Begin – CHUM centre hospitalier de l'Université de Montréal, Montréal
La prise en charge de la poly-allergie alimentaire chez l’enfant représente un défi clinique majeur, tant par la multiplicité des aliments concernés que par les conséquences nutritionnelles, psychologiques et familiales qui en découlent. Lors de la 3ᵉ Rencontre du Réseau d’Allergo-Vigilance (RAV), une communication a été consacrée à cette problématique à travers la présentation de plusieurs cas cliniques pédiatriques illustratifs.
Un cas représentatif concernait un enfant de 7 ans présentant une polysensibilisation alimentaire étendue, avec des taux d’IgE spécifiques élevés vis-à-vis de nombreux aliments (arachide, lait, œuf, fruits à coque, légumineuses, céréales), traduisant une allergie alimentaire multiple potentielle.
Ce cas clinique met en lumière la réflexion immunologique nécessaire pour dépasser une stratégie d’éviction stricte et globale, souvent difficilement soutenable à long terme. La prise en charge repose sur une décision partagée, impliquant l’enfant et sa famille. Dans un premier temps, il apparaît essentiel d’identifier et de réintroduire les aliments tolérés, afin de limiter les évictions inutiles et de préserver la diversité alimentaire. Cette approche permet également d’améliorer la qualité de vie de l’enfant et de sa famille.
Dans un second temps, une immunothérapie orale (ITO) peut être envisagée pour certains allergènes. Plusieurs stratégies d’ITO sont possibles, dont l’ITO multiple, reposant sur une approche progressive intégrant l’introduction de nouveaux allergènes au fur et à mesure. Le choix de la stratégie doit rester individualisé, en tenant compte du risque allergique, de l’observance et des objectifs définis pour chaque enfant.
À travers ce cas clinique, le Dr Begin a montré qu’il n’existe pas une prise en charge allergologique unique, mais plusieurs modalités possibles, illustrant l’importance d’une approche personnalisée et l’intérêt potentiel de stratégies de désensibilisation multiples chez les enfants poly-allergiques.
En conclusion, la prise en charge de la poly-allergie alimentaire ne repose pas sur une opposition binaire entre éviction et immunothérapie orale, mais sur une stratégie graduée, évolutive et personnalisée. L’identification des tolérances, la réduction des évictions inutiles et l’intégration de l’ITO, constituent des leviers essentiels pour améliorer la prise en charge globale de ces enfants.
L’adrénaline : dans les bronches, dans le nez, dans la bouche
Docteure Catherine Neukirch – CHU Bichat, Paris
L’adrénaline intramusculaire (IM) reste le traitement de première ligne de l’anaphylaxie et doit être administrée sans délai. Malgré son efficacité et son bon profil de sécurité, elle demeure largement sous-utilisée, tant par les patient.es que par les soignant.es. Les freins identifiés sont multiples : peur des effets secondaires, phobie des aiguilles, difficultés techniques d’utilisation des auto-injecteurs, erreurs d’injection, stigmatisation liée au dispositif ou encore défaut de port systématique des auto-injecteurs.
Afin de réduire les retards d’administration, plusieurs formes alternatives d’adrénaline existent, certaines sont actuellement en cours de développement ou d’évaluation.
L’adrénaline par voie inhalée sous forme d’aérosol (Epinéphrine spray Primatène Mist) peut être proposée, chez certain.es patient.es, en cas d’asthme léger intermittent (non disponible en France).
Il existe également la forme intranasale d’adrénaline, telle que le spray Neffy®, prochainement disponible en France. Elle a fait l’objet de plusieurs études de phase 1 à 3, chez l’adulte et chez l’enfant de plus de 30kg. Elles montrent une absorption rapide, une réponse pharmacodynamique efficace et un profil de tolérance globalement satisfaisant, y compris en contexte de rhinite allergique ou d’infection ORL intercurrente. Les données pédiatriques disponibles suggèrent une exposition systémique au moins comparable à celle observée chez l’adulte, avec une résolution rapide des symptômes après administration.
Enfin, une forme sublinguale d’adrénaline (film AQST-109) est également en développement. Les études disponibles rapportent une bioéquivalence pharmacocinétique et pharmacodynamique avec les formes injectables, une rapidité d’action compatible avec une prise en charge en aigue de l’anaphylaxie, et une bonne stabilité dans des conditions environnementales variées.
En conclusion, si l’adrénaline IM reste le standard de prise en charge de l’anaphylaxie, le développement et la mise à disposition de formes alternatives moins invasives pourrait contribuer à lever certains freins à son utilisation, réduire les délais d’administration et améliorer la prise en charge globale des patient.es. L’identification des profils susceptibles d’en bénéficier reste un enjeu majeur.
Anaphylaxie : faut-il systématiquement aller aux urgences ?
Docteure Amandine Divaret-Chauveau – CHRU Nancy
Le recours systématique aux urgences après une anaphylaxie est une question centrale en pratique clinique et constitue, paradoxalement, l’un des freins à l’utilisation précoce de l’adrénaline auto-injectable (AAI). De nombreux.ses patient.es ou aidant.es retardent, voire évitent, l’injection d’adrénaline par crainte du passage prolongé aux urgences.
Si le recours aux soins d’urgence reste aujourd’hui recommandé après une réaction anaphylactique traitée par AAI, la Dre Divaret-Chauveau a proposé une réflexion sur les conditions et la pertinence d’une surveillance systématiquement hospitalière. Elle a ainsi souligné l’intérêt d’une approche individualisée, fondée sur plusieurs critères cliniques. Parmi ceux-ci figurent la sévérité initiale de la réaction, la rapidité d’administration de l’adrénaline, la réponse clinique après la première injection et l’évolution des symptômes. Une résolution rapide, complète et durable après une injection précoce d’adrénaline pourrait, dans certaines situations strictement encadrées, permettre d’envisager une surveillance à domicile.
D’autres facteurs doivent être pris en compte, tels que l’âge, les comorbidités (notamment l’asthme mal contrôlé), les antécédents d’anaphylaxie sévère ou réfractaire, le type d’allergène en cause, ainsi que la disponibilité d’une seconde AAI et la présence d’un aidant. La participation à un programme d’éducation thérapeutique (ETP) apparaît également centrale pour sécuriser une potentielle prise en charge à domicile.
En pratique, la persistance ou l’aggravation des symptômes après injection d’adrénaline, la présence de signes respiratoires ou cardiovasculaires sévères, ou l’absence d’amélioration rapide, imposent un transfert immédiat aux urgences. Le message clé à transmettre aux patientes reste clair : en cas de doute, l’adrénaline doit être administrée sans attendre, le passage aux urgences ne devant jamais constituer un frein à son utilisation.
Anaphylaxie au lait de vache pré-léthale : enseignements d’un cas pédiatrique
Louise Chevallet, Interne en Allergologie – Besançon
Cette communication rapporte le cas d’un nourrisson de 19 mois, allergique aux protéines du lait de vache (APLV) et polysensibilisé alimentaire (lait de chèvre (LC), de brebis (LB), viande de bœuf et arachide).
A 3 mois, après plusieurs épisodes d’anaphylaxie au LV lors de tentatives d’introduction du LV, le diagnostic d’APLV est posé en ville avec conseils d’éviction stricte du LV, LB, LC et prescription d’une trousse d’urgence (TU) avec stylo auto-injecteur d’adrénaline (SAI).
A 12 mois, devant l’augmentation drastique des IgEs LV, il est adressé en consultation (cs) hospitalière pour poursuite de la prise en charge (il bénéficie alors d’une cs diététique, la TU est revue, en attendant le RV médical).
A 19 mois, accident majeur, à domicile, après ingestion accidentelle d’un yaourt au lait de vache. L’enfant présente une réaction immédiate avec vomissements, détresse respiratoire et arrêt cardio-respiratoire. Aucun traitement n’est administré à domicile, les parents amènent leur enfant aux urgences avec leur voiture. Il bénéficiera de plusieurs doses d’adrénaline, est intubé, ventilé et hospitalisé en réanimation. Au réveil (à J5) on constate une aphasie, dystonie, l’enfant comprend les ordres simples, la marche est possible sans ataxie. L’IRM cérébrale montre une anoxo-ischémie bi-thalamique sans remaniement hémorragique. Les atteintes neurologiques vont persister.
Ce cas d’anaphylaxie sévèrissime au LV, (grade 4 selon Ring et Messmer, grade 5 selon la WAO et o-FASS 5), en contexte d’erreur d’éviction, illustre de façon particulièrement marquante la gravité potentielle de l’APLV sévère persistante de l’enfant et son risque vital. Il souligne l’importance d’une prise en charge hospitalière précoce de ces formes graves (pouvant conduire à une ITO très précoce dans le but d’augmenter le seuil réactogène de l’enfant), d’une éducation thérapeutique renforcée aux mesures d’éviction alimentaire ainsi qu’à l’utilisation de la TU dont le SAI.