• Nutrition Infantile

Pas de lien entre apports d’acides gras pendant la grossesse et développement d’APLV chez l’enfant

  • Pédiatre
  • Médecin Généraliste
  • Allergologue
  • Sage-femme

Au fil des années, les habitudes alimentaires ont changé dans les pays développés, notamment en ce qui concerne la consommation d’acides gras. Les apports en acides gras polyinsaturés n-6 (AGPI n-6) ont augmenté alors que ceux en AGPI n-3 ont diminué, modifiant le ratio AGPI n-6/ AGPI n-3. Or, certains travaux ont montré que les AGPI n-6 joueraient un rôle dans l’apparition de l’allergie, en favorisant la libération d’éicosanoïdes impliqués dans l’allergie. Inversement, les AGPI n-3 réduisent l’inflammation allergique en limitant la libération de facteurs proinflammatoire. Une modification du rapport AGPI n-6/n-3 pourrait donc créer un « environnement pro-inflammatoire » propice à l’apparition d’allergies.

Le développement du système immun commence dès la vie in utero, et l’hypothèse a été émise que les apports en acides gras de la mère pourraient avoir un impact sur le risque d’apparition d’allergie chez l’enfant. L’impact sur celui d’allergie aux protéines de lait de vache (APLV) reste toutefois incertain, les résultats des travaux étant souvent contradictoires. Une équipe finlandaise a examiné les données d’une étude de cohorte qui permet de mettre en parallèle l’alimentation des mères pendant la grossesse et la santé des enfants au fil des ans.

Dans l’ensemble de la cohorte, 448 enfants ont présenté une APLV. Il s’agit le plus souvent de garçons, ils ont moins souvent un animal de compagnie au cours de leur première année de vie et leur mère est plutôt non fumeuse. Asthme ou rhinite allergique sont plus fréquents chez leurs parents.

L’analyse détaillée des apports maternels en acide gras ne permet pas d’établir un lien entre cette consommation et le risque d’apparition d’une APLV chez l’enfant, qu’il s’agisse des acides gras saturés, monoinsaturés, AGPI, AGPI n-3, AGPI n-6, non plus que des acides gras trans, ratio AGPI n-6/n-3, ou ratio acide linoléique/⍺-linolénique. L’analyse par quartile n’est pas plus concluante,

pour les apports les plus élevés ni pour les plus faibles, en comparaison avec les apports moyens. La seule relation retrouvée concerne la consommation d’acide ⍺-linolénique : chez les mères sans antécédent de rhinite allergique ou d’asthme, elle est associée à une réduction du risque d’APLV chez l’enfant (OR 0,72 ; IC 95 % 0,88 à 1,26).

Pour les auteurs, la conclusion pratique de cette étude est, qu’en présence d’une alimentation équilibrée, il est inutile de conseiller aux femmes enceintes de prendre des compléments alimentaires contenant des acides gras.

 

Dr Roseline Péluchon

 

Lamminsalo A. et coll.: Maternal energy-adjusted fatty acid intake during pregnancy and the development of cow’s milk allergy in the offspring

Br J Nutr. 2021 Nov 12;1-20.