- Dénutrition Pédiatrique Orale ou Entérale
Adapter les apports nutritionnels chez les enfants en situation de polyhandicap
- Pédiatre
- Médecin Généraliste
- Neurologue
- Diététicien
- Gastroentérologue
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Nutrition entérale à base d’aliments naturels
(D’après la communication du Pr Dominique Guimbert, Lille)
Depuis une dizaine d’années, il est constaté l’émergence d’une nutrition entérale (NE) à base d’aliments naturels qu’il s‘agisse de NE à base d’aliments mixés maison (HBTF : homemade blenderized tube feeding) ou de NE industrielle à base d’aliments naturels (CBTF : commercial blended tube feeding). Pour les aliments mixés maison, l’idée est de revenir à des aliments naturels, variés et frais vs une NE industrielle pasteurisée (lactée) mais également de prendre le temps de cuisiner pour son enfant voire d’améliorer la tolérance de la NE. Une méta-analyse très récente (Delcourt H et al. J Ped Gastroenterol Nutr 2025 doi: 10.1002/jpn3.70240) ayant inclus 17 études (1 585 patients) non randomisées a montré sous NE à base d’aliments mixés maison une amélioration des symptômes gastro-intestinaux (reflux, vomissements, gastroparésie, motricité intestinale), des résultats variables sur la constipation, une nécessité de parfois augmenter les apports et une amélioration quasi-constante de la qualité de vie et du sommeil. Une autre étude portant plus spécifiquement sur le microbiote (Gallagher K et al. J Parenter Enteral Nutr 2018 ;42 :1046-60) a inclus 20 enfants recevant une NE à plus de 75 % avec changement de NE sur 4 semaines vers une HBTF. Un recueil de selles a été réalisé à la 6ème, 10ème et 22ème semaines ainsi qu’un prélèvement buccal. Au niveau des selles, il a été observé une augmentation de la diversité et de la richesse bactérienne et une augmentation de la diversité au niveau de la muqueuse buccale. Concernant le microbiote, réduction des Protéobactéria à 6 mois (p=0,02), tendance à l’augmentation des Firmicutes (p=0,08) et, pendant la phase de transition, diminution d’Eubacterium dolichum (p<0,05) et de Lachnospira sp. (p<0,05).
Quels sont les freins à la mise en place d’une NE à base d’aliments mixés maison ? Ils sont multiples (Doyle C et al. Child Care Health Dec 2024 ;e13222) :
La position de l’ESPGHAN à ce sujet est la suivante (Köglmeier J et al. J Pediatr Gastoenterol Nutr 2023 ;76 :109-117) :
Les aliments mixés maison doivent être évités ou différés en cas d’immunodéficience avérée (risque infectieux accru), d’alimentation post-pylorique (texture et sécurité non adaptées) ou de troubles métabolique complexes (besoin de formulations précises et stables).
En pratique, l’hygiène doit être stricte (préparation, conservation au froid et durée d’utilisation maîtrisée) et la texture adaptée (mixage fin et filtration si besoin pour limiter les obstructions). Un plan d’urgence doit être mis en place avec procédure en cas de sonde bouchée et contact facile avec l’équipe soignante. Les recettes doivent être équilibrées avec diversité d’aliments, sources de protéines, lipides, fibres et micronutriments validées par un diététicien.
Une enquête récente (Scarpato E et al. J Pediatr Gastroenterol Nutr 2025 ;81 :339-345) a été faite auprès de membres de l’ESPGHAN portant sur l’utilisation d’alimentation mixée naturelle (BD) auprès d’enfants porteurs de gastrostomie. 26 questionnaires ont été reçus (13 pays) dont 84,6 % de gastroentérologues pédiatriques et 61,5 % utilisant les BD mais seulement dans certaines conditions. Le motif principal de prescription était la demande parentale (53,8 %) avec une préférence pour les BD faits maisons (57,7 %) vs commerciaux (15,4 %). 69,2 % ont observé un impact sur les symptômes gastro-intestinaux : amélioration des vomissements (61,1 %), de la constipation (50 %), des nausées et des ballonnements (38,9 %). La raison principale de non-utilisation était la composition nutritionnelle non standardisée.
En conclusion, l’alimentation mixée naturelle et les formules industrielles à base d’aliments naturels sont couramment utilisées en pratique clinique mais avec une grande variabilité. Les preuves scientifiques demeurent limitées et parfois contradictoires (manque d’études prospectives, d’études randomisées et contrôles et de données d’efficacité et de sécurité à long terme). Les études actuelles suggèrent une amélioration des symptômes digestifs hauts et cette approche gagne en popularité chez les enfants polyhandicapés.
Nutrition de l’enfant avec polyhandicap
(D’après la communication du Dr Frédéric Gottrand, Lille)
Les Recommandations de l’ESPGHAN dont la précédente version date de 2017 sont en cours de réactualisation avec l’identification de plusieurs points clefs :