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Malabsorption Recommandations du dépistage et de la prise en charge de la malabsorption

  • Pédiatre
  • Médecin Généraliste
  • Neurologue
  • Diététicien
  • Gastroentérologue

        Recommandations du dépistage et de la prise en charge de la malabsorption

(D’après la communication du Dr Thomas Mouillot, Dijon)

Un consensus Européen a été publié en 2025 (Lenti MV et al. United European Gastroenterol J 2025 ;13(4) : 599-613) et a fait le point sur les définitions, les phénotypes cliniques et le dépistage/prise en charge de la malabsorption. Par rapport à la maldigestion (défaut dans l’hydrolyse des nutriments), la malabsorption est l’incapacité à absorber les nutriments digérés à travers la muqueuse intestinale vers le sang ou le système lymphatique. Le syndrome de malabsorption est déterminé par le type et la quantité des substrats mal absorbés, la carence en nutriments non absorbés, la maladie causale sous-jacente et les conséquences de l’accumulation de substrats non absorbés dans la lumière du tractus gastro-intestinal. Les anomalies peuvent être pré-muqueuses (insuffisance pancréatique exocrine, cholestase et malabsorption des sels biliaires, pullulation bactérienne de l’intestin grêle ou déficit en disaccharidases), muqueuses (maladie coeliaque, sprue tropicale, maladie de Crohn, causes infectieuses ou iatrogènes, etc …) ou post-muqueuses (obstruction du drainage lymphatique, rupture de la barrière épithéliale, ischémie mésentérique). Les signes cliniques classiques de malabsorption sont les diarrhées chroniques, la stéatorrhée, les pertes de poids inexpliquées et la malnutrition/retard de croissance (chez l’enfant). Il existe également des signes digestifs ou liés à l’accumulation de substrats non absorbés (ballonnements, douleurs abdominales, nausées, vomissements …) ou des signes liés aux carences nutritionnelles ou à leurs conséquences.

Il n’existe pas de test diagnostique universel pour la malabsorption : le diagnostic se fait sur l’interrogatoire et l’examen clinique, le bilan biologique, l’endoscopie digestive et/ou l’imagerie. Plusieurs tests diagnostiques non invasifs peuvent être proposés : quantification des graisses fécales, élastase-1 pancréatique fécale, concentration de l’alpha-1-antitrypsine dans les selles, test SeHCAR, détection du 5-HIAA urinaire et dosage de la calprotectine fécale. Le seul intérêt du test au D-xylose est le suivi des patients en insuffisance intestinale après transplantation intestinale ou sous traitement par analogues du GLP-2.

La prise en charge nutritionnelle de la malabsorption comporte une évaluation de l’état nutritionnel (critères du GLIM, force musculaire et composition corporelle), des conseils diététiques (enrichissement et fractionnement de l’alimentation, régime hypercalorique, hyperprotéique et pauvre en graisses si besoin) et des compléments alimentaires. La nutrition entérale peut être indiquée (formule polymérique en 1ère intention, formule semi-élémentaire en cas de malabsorption sévère) voire parentérale en cas d’insuffisance intestinale sévère. Il importe de faire attention aux micronutriments : la surveillance et la supplémentation doivent être adaptées.

La prise en charge médicale de la malabsorption fait appel aux antidiarrhéiques/ralentisseurs du transit, aux IPP ou antagonistes H2 pour réduire l’hyperacidité et les pertes fécales et aux facteurs de croissance intestinale (analogues de GLP-2). Il n’existe pas de preuves solides pour les probiotiques/prébiotiques et les solutés de réhydratation orale peuvent être indiqués en cas de pertes liquidiennes élevées.

En conclusion :

  • La malabsorption, secondaire à de nombreuses pathologies, est une affection complexe caractérisée par un passage défectueux des nutriments dans les flux sanguins et lymphatiques,
  • Les symptômes, s’il y en a, peuvent être digestifs (diarrhée, stéatorrhée, ballonnements ...) ou extra-digestifs (carences, anémie, ostéoporose, retard de croissance, asthénie …),
  • Faute de test unique, le diagnostic se base sur un faisceau d’arguments cliniques, biologiques, fonctionnels, endoscopique, histologique et radiologique,
  • Les enfants, les personnes âgées, les diabétiques, les femmes enceintes, les suites d’une chirurgie bariatrique sont des populations particulièrement à risque,
  • La prise en charge nutritionnelle est centrale et doit être adaptée à chaque patients,
  • De nouvelles études sont nécessaires pour améliorer le dépistage et la prise en charge de la malabsorption.