- Dénutrition Adulte Orale ou Entérale
Pratique avancée et soin nutritionnel : quand la coordination devient un levier majeur du parcours de soins
- Diététicien
- Oncologue
- Pharmacien
- Infirmier
- Gastroentérologue
- Médecin Généraliste
Il nous manque vos centres d’intérêts pour profiter au mieux de votre expérience personnalisée
Pratique avancée et soin nutritionnel : quand la coordination devient un levier majeur du parcours de soins
Retour sur l’atelier Nutricia - COFPA 2026 (Congrès EDIMARK)
Maison de la Chimie, Paris - 10 avril 2026
La dénutrition en oncologie : un enjeu majeur encore insuffisamment intégré aux parcours de soins
La dénutrition joue un rôle déterminant dans l’évolution clinique des patients atteints de cancer. C’est une pathologie fréquente, multifactorielle et souvent silencieuse qui peut altérer la tolérance aux traitements, la qualité de vie, l’autonomie et le pronostic des 1 patients. Pourtant, son repérage et son intégration dans les parcours de soins en oncologie demeurent encore hétérogènes et insuffisants selon les pratiques.
Dans ce contexte, la pratique avancée infirmière s’impose comme un levier essentiel pour structurer et coordonner la prise en charge nutritionnelle tout au long du parcours de soins.
C’est dans cette perspective que Nutricia a animé un atelier dédié lors du Congrès Francophone de la Pratique Avancée – COFPA 2026, organisé par EDIMARK, le 10 avril 2026 à la Maison de la Chimie à Paris, réunissant infirmiers en pratique avancée (IPA) et diététiciens autour d’une question centrale : comment améliorer concrètement le dépistage, la prise en charge et la coordination du soin nutritionnel en oncologie ?
Cet atelier visait à renforcer les compétences pratiques des professionnels de santé et à consolider une vision commune du parcours nutritionnel et s’est articulé autour de trois axes majeurs : le dépistage de la dénutrition, la prise en charge nutritionnelle avec un focus sur l’utilisation des compléments nutritionnels oraux (CNO), et la coordination interprofessionnelle en mettant en lumière le rôle central des IPA.
Un atelier au croisement des pratiques : IPA et diététiciens autour d’un objectif commun
L’atelier « Pratique avancée et soin nutritionnel : quel exercice coordonné ? », modéré par Julie Devictor, IPA en oncologie/onco-hématologie à l’AP-HP, a réuni près d’une soixantaine de professionnels de santé, illustrant l’intérêt croissant pour les enjeux du soin nutritionnel coordonné.
Le panel associait retours d’expérience et pratiques de terrain avec Ghislain Grodard Humbert, diététicien nutritionniste, cadre de santé et Président de l’Association Française des Diététiciens Nutritionnistes (AFDN), Aline Victor, diététicienne nutritionniste, fondatrice d’AVi’Sé, spécialisée en gérontologie et en prise en charge à domicile, Angélique Dumont, IPA en oncologie thoracique au CHU de Rouen, et Laalia El Hachimi, IPA libérale spécialisée dans les pathologies chroniques stabilisées.
Les échanges ont mis en évidence un constat partagé : la qualité du soin nutritionnel repose avant tout sur une coordination renforcée entre les professionnels et une clarification des rôles dans le parcours de soins.

La dénutrition : une pathologie fréquente, grave et encore sous estimée
Les intervenants ont rappelé que la dénutrition constitue une pathologie à part entière, définie comme un déséquilibre entre les apports nutritionnels et les besoins de l’organisme, et associée à des conséquences cliniques majeures.
En oncologie, elle concerne une proportion importante de patients et se traduit notamment par une fonte musculaire et une sarcopénie, une augmentation du risque infectieux, une baisse de la tolérance aux traitements anticancéreux, un allongement des durées d’hospitalisation ainsi qu’une altération significative de la qualité de vie et de l’autonomie.
Un message fort a marqué l’atelier : la dénutrition peut contribuer au décès, même si elle n’apparaît jamais comme cause directe de mortalité. Ce constat souligne l’urgence d’une approche plus anticipée et proactive du risque nutritionnel. L’intérêt du dépistage précoce a été fortement mis en avant, celui-ci permettant d’identifier la dégradation de l’état nutritionnel avant l’apparition de signes cliniques visibles et d’agir plus efficacement sur le pronostic et la qualité de vie des patients.
Dépister tôt, dépister ensemble : un impératif du parcours de soins en oncologie
Le dépistage de la dénutrition demeure encore trop souvent tardif en oncologie. Lorsque la perte de poids devient visible, elle est généralement déjà installée. Les intervenants ont ainsi souligné la nécessité d’un dépistage précoce, systématique et partagé, reposant sur des critères simples et accessibles, tels que la variation pondérale dans le temps, l’IMC ajusté à l’âge, la baisse des apports alimentaires et le contexte pathologique.
Ce dépistage ne relève pas d’un professionnel isolé, mais d’une responsabilité collective, impliquant l’ensemble des acteurs du parcours, de l’hôpital à la ville. Il doit pouvoir être réalisé à chaque étape clé du parcours de soins, par tout professionnel de santé en contact avec le patient.
Une vigilance particulière est nécessaire dans les situations à haut risque, notamment chez les patients âgés, isolés socialement, en situation de fragilité, atteints de maladies chroniques, hospitalisés ou présentant des troubles persistants de l’appétit. Les échanges ont mis en évidence que le dépistage repose avant tout sur des signaux d’alerte cliniques simples, facilement repérables en consultation, comme une perte de poids récente, même modérée, une diminution des apports alimentaires, une fatigue inhabituelle ou un changement des habitudes alimentaires. L’identification de ces signaux doit conduire à une orientation rapide vers une évaluation nutritionnelle approfondie et adaptée, afin d’anticiper l’aggravation de l’état nutritionnel et d’optimiser la prise en charge.
Vers une évaluation nutritionnelle plus pertinente et structurée
Le diagnostic nutritionnel doit s’appuyer sur les recommandations actuelles de la HAS et de la SFNCM, combinant critères phénotypiques et étiologiques. Les échanges ont rappelé que l’IMC seul est insuffisant et que la variation pondérale dans le temps est souvent plus pertinente pour apprécier le risque réel.
Dans ce cadre, les intervenants ont souligné la nécessité d’une interprétation prudente des marqueurs biologiques : l’albuminémie est un indicateur de sévérité et non un critère diagnostique, tandis que la préalbuminémie (ou transthyrétine) peut être utile pour le suivi de la renutrition, mais est sans valeur dans l’établissement du diagnostic initial.
Le cas clinique présenté lors de l’atelier a illustré de manière concrète cette approche globale. Il s’agissait d’une patiente âgée vivant seule à domicile, suivie pour un cancer du sein sous hormonothérapie, présentant un IMC dans les normes, mais une perte de 5 kg en trois mois, associée à une diminution des apports alimentaires et à un isolement social marqué.
Cette situation a mis en évidence la complexité du repérage de la dénutrition en pratique courante et rappelé que l’analyse isolée du poids ou de l’IMC est insuffisante. La dynamique pondérale, intégrée au contexte clinique, fonctionnel et social, apparaît déterminante pour poser un diagnostic pertinent et adapter précocement la prise en charge.
Prise en charge nutritionnelle : agir de façon progressive et personnalisée
La prise en charge nutritionnelle s’inscrit dans une approche globale et individualisée, adaptée au contexte de vie du patient. Elle repose en premier lieu sur l’identification et la correction des causes de la dénutrition, qu’elles soient médicales, iatrogènes ou socio-économiques.
Dans ce cadre, l’alimentation orale enrichie constitue le premier levier de prise en charge et doit être privilégiée autant que possible. Elle permet d’augmenter les apports énergétiques et protéiques tout en respectant les habitudes alimentaires, favorisant ainsi l’adhésion du patient. Cette étape clé s’inscrit dans une démarche progressive, avant le recours à des stratégies nutritionnelles complémentaires.
Un accompagnement régulier et une réévaluation systématique sont indispensables afin d’adapter les recommandations à l’évolution clinique et aux préférences du patient, et de prévenir l’aggravation de la dénutrition.
Les compléments nutritionnels oraux : une efficacité étroitement liée à l’accompagnement
Les compléments nutritionnels oraux (CNO) occupent une place importante dans la stratégie nutritionnelle lorsque l’alimentation orale enrichie ne permet plus, à elle seule, de couvrir les besoins. Ils ne se substituent jamais à un repas, mais viennent compléter une alimentation insuffisante afin d’atteindre des objectifs nutritionnels clairement définis, en particulier un apport supplémentaire d’au moins 400 kcal et/ou 30 g de protéines par jour, recommandé en pratique.
Les intervenants ont insisté sur la nécessité d’une prescription médicale précise, structurée et personnalisée des CNO. Celle-ci doit être réalisée sur une ordonnance dédiée, indépendante de toute autre prescription médicamenteuse, et mentionner explicitement l’âge et le poids du patient, le type de CNO, la texture, le volume par prise, le nombre d’unités quotidiennes ainsi que les modalités de consommation, en collation ou en complément d’un repas. La première prescription est limitée à un mois, afin de permettre une réévaluation rapide de l’efficacité, de la tolérance et de l’observance. L’atteinte des objectifs nutritionnels nécessite le plus souvent la prescription de deux unités par jour.
L’efficacité des CNO est étroitement liée à l’observance, laquelle dépend directement de la qualité de l’accompagnement proposé au patient. La prise en compte de ses préférences, de ses contraintes quotidiennes et de ses habitudes alimentaires, associée à une réévaluation précoce, idéalement à dix jours conformément à la réglementation de la primo-délivrance par le pharmacien (arrêté du 7 mai 2019), conditionne le succès de cette stratégie et son impact réel sur l’état nutritionnel.
Cette réévaluation précoce ouvre ainsi la voie à une prise en charge coordonnée, où les acteurs de proximité deviennent des relais indispensables entre la prescription hospitalière et le suivi au long cours en ville.
Ville–hôpital : le rôle clé des acteurs de proximité
L’atelier a mis en évidence le rôle central des acteurs de proximité dans le suivi nutritionnel, en particulier dans la durée. Le pharmacien d’officine apparaît comme un maillon essentiel du parcours, tant dans l’éducation du patient que dans l’évaluation de la tolérance et de l’acceptabilité des CNO, contribuant ainsi à l’adhésion à la prise en charge. Plus largement, le suivi nutritionnel s’inscrit nécessairement dans une coordination ville-hôpital, associant infirmiers libéraux, auxiliaires de vie, aidants et entourage familial.
Le suivi nutritionnel dans le temps constitue en effet une étape incontournable de la prise en charge. Tout renouvellement de prescription de CNO doit s’appuyer sur une réévaluation globale et structurée, intégrant le suivi pondéral, l’évolution de l’état nutritionnel, la progression ou la stabilisation de la pathologie sous-jacente, l’évaluation des apports alimentaires spontanés, ainsi que la tolérance et l’observance réelles au domicile. Une prescription précise, régulièrement réévaluée et adaptée à l’évolution du patient permet non seulement d’améliorer l’efficacité de la prise en charge nutritionnelle, mais également de limiter le gaspillage et l’impact environnemental, en ajustant au plus juste les volumes délivrés.
Coordination interprofessionnelle : l’IPA comme acteur pivot du parcours nutritionnel
La réussite du soin nutritionnel en oncologie repose avant tout sur une coordination interprofessionnelle structurée. L’IPA occupe une position stratégique dans le repérage du risque nutritionnel, la coordination des intervenants et l’orientation rapide vers une prise en charge adaptée, grâce à sa vision transversale du parcours de soins et au temps dédié à l’évaluation globale du patient.
Le diététicien assure l’évaluation nutritionnelle approfondie et la construction de la stratégie personnalisée, tandis que le médecin valide et ajuste la prise en charge en 7 fonction de l’évolution clinique. Les professionnels de proximité jouent un rôle clé dans le relais, le suivi et l’observance au domicile.
Structurer les parcours nutritionnels grâce à la pratique avancée
L’atelier a mis en évidence un message clair : en oncologie, le soin nutritionnel ne peut être efficace sans une anticipation du risque, une stratégie personnalisée et une coordination structurée des acteurs. Il ne s’agit plus d’intervenir de manière ponctuelle, mais d’inscrire la nutrition clinique comme une composante à part entière du parcours global du patient.
Dans cette organisation, les IPA s’affirment comme des acteurs pivots du parcours nutritionnel. Ils contribuent à fluidifier les parcours, à limiter les ruptures de prise en charge et à renforcer la continuité des soins, en articulant dépistage précoce, coordination des acteurs clés et orientation rapide vers une prise en charge adaptée.
La nutrition clinique s’impose ainsi comme un levier structurant du parcours de soins en oncologie, agissant à la fois sur l’amélioration de la qualité de vie des patients et sur l’optimisation des parcours de soins.
Les perspectives évoquées lors de l’atelier soulignent une évolution profonde des pratiques professionnelles : le soin nutritionnel devient une compétence transversale, partagée et structurante, portée par une dynamique collaborative entre IPA, diététiciens, médecins et acteurs de proximité. Dans ce cadre, la pratique avancée participe pleinement à faire de la nutrition un levier majeur d’amélioration des parcours, au même titre que les autres dimensions du soin en oncologie.
Recommandations :
Si vous souhaitez en savoir plus sur la dénutrition et sa prise en charge, nous vous invitons à consulter les ressources de l’Assurance Maladie, du Collectif de lutte contre la dénutrition ainsi que les recommandations et référentiels de la Haute Autorité de Santé disponibles aux liens ci-dessous :