• Nutrition Infantile

La désensibilisation épicutanée aux protéines de lait de vache est en marche

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Une nouvelle approche du traitement de l’allergie aux protéines de lait de vache (APLV) IgE-médiée est à l’étude. Il s’agit de la désensibilisation spécifique par voie épicutanée. Actuellement, la prise en charge de l’allergie aux protéines de lait de vache (APLV) consiste en l’éviction du lait de vache et les mesures de prévention pour faire face à une ingestion accidentelle. L’immunothérapie orale fait l’objet de nombreuses investigations et semble prometteuse. Une récente publication fait le point sur une nouvelle piste, l’immunothérapie par voie épicutanée. Le principe de cette technique est de délivrer de faibles quantités d’allergènes par l’intermédiaire d’un patch issu de la technologie Viaskin (« Viaskin Milk ») appliqué quotidiennement. Le système exploite le potentiel immunorégulateur de la peau.

 

Si plusieurs études de phase 3 sont déjà en cours pour le traitement de l’allergie à l’arachide chez des adolescents et des enfants, des études chez l’animal et un essai clinique pilote suggèrent l’intérêt de la technique pour la prise en charge de l’APLV. Un essai de phase 1/2 a donc été entrepris afin de déterminer les doses, l’efficacité et les effets indésirables d’une immunothérapie épicutanée par « Viaskin Milk » (DBV135), chez des enfants âgés de 2 à 17 ans présentant une APLV IgE-médiée.

 

Un essai de phase 1/2 sur près de 200 enfants

 

Il s’agit d’un essai randomisé contre placebo, réalisé en 2 parties consécutives. Pour la phase A étaient constituées 3 cohortes successives recevant le « Viaskin Milk » ou un placebo selon un rapport 2 :1. Le patch était dosé à 150 μg, 300 μg puis 500 μg. Cette phase de 3 semaines était destinée à tester la tolérance du dispositif. Ensuite, d’autres enfants ont été inclus et 198 au total ont été randomisés. Ils recevaient « Viaskin Milk » 150 μg (n= 53), 300 μg (n = 49), 500 μg (n = 49) ou un placebo (n = 47). Deux groupes étaient distingués selon l’âge :  de 2 à 11 ans (76,8 %) ou de 12 à 17 ans (23,2 %). Les patchs étaient appliqués en des sites différents selon l’âge de l’enfant. L’objectif de l’étude, d’une durée de 1 an, était d’identifier la population cible optimale pour ce traitement, et la dose efficace à explorer dans les futures études.

Le critère principal était la proportion de répondeurs, définis par une multiplication par 10 de la dose réactive cumulée de protéines de lait de vache, ou par une dose réactive cumulée d’au moins 1444 mg au test de provocation orale (TPO) au 12ème mois de l’étude.

 

Près d’un participant sur 2 est répondeur

 

Après 12 mois de traitement, le meilleur taux de réponse se situe dans le groupe ayant reçu le « Viaskin Milk » 300 μg. Ce groupe comprend 49 % de répondeurs, contre 30,2 % dans le groupe placebo (OR 2,19 ; IC 95 % 0,91 à 5,41, différence de 18,3 %). La réponse la plus faible est retrouvée dans le groupe ayant reçu le patch contenant 150 μg de protéines de lait (36,7 %) et 500 μg (36,2 %). Le taux de répondeurs est plus élevé chez les plus jeunes (57,9 % parmi les 2-11 ans vs 32,5 % parmi les 12-19 ans).

Dans le groupe à 300 μg, 42,9 % des enfants ont atteint la dose de réactivité cumulée de 1444 mg ou plus à 12 mois, contre 24,5 % des enfants du groupe placebo.

Pendant l’étude, 77 participants ont présenté des symptômes d’allergie à la suite d’une ingestion accidentelle de protéines de lait de vache : 24,5 % du groupe recevant le « Viaskin Milk » dosé à 300 μg, contre 41,5 % du groupe placebo, 44,9 % du groupe « Viaskin Milk » 150 μg et 44,7 % du groupe « Viaskin Milk » 500 μg. Aucune consultation aux urgences n’a été nécessaire.

 

Enfin, les effets indésirables en lien avec le traitement ont été un peu plus fréquents dans les groupes recevant le « Viaskin Milk » (71 %) que dans le groupe placebo. Il s’agissait le plus souvent de réactions au niveau du site d’application du patch, n’ayant pas nécessité l’arrêt du traitement. Pour preuve de la bonne tolérance et de la maniabilité de la méthode, le taux d’abandon de traitement a été faible (4,5 %). Notons toutefois qu’un enfant a présenté une réaction anaphylactique, il appartenait au groupe « Viaskin Milk » 500 μg.

 

La réponse au placebo peut surprendre. Elle a été plus élevée que ce qui avait été anticipé (30,2 %), sans doute du fait de la résolution spontanée de l’APLV chez certains enfants, en particulier chez les plus jeunes. Une limite importante à relever est que l’intolérance n’a pas été contrôlée par TPO avant l’entrée dans l’étude. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour explorer le potentiel de cette technologie comme traitement viable de l'APLV IgE-médiée.

 

 

Dr Roseline Péluchon

 

Petroni D, et coll. Varying Doses of Epicutaneous Immunotherapy With Viaskin Milk vs Placebo in Children With Cow's Milk Allergy: A Randomized Clinical Trial. JAMA Pediatr. 2024 Apr 1;178(4):345-353. doi: 10.1001/jamapediatrics.2023.6630. Erratum in: JAMA Pediatr. 2024 Apr 1;178(4):421.