- Dénutrition Pédiatrique Orale ou Entérale
Les bons gestes pour contrer la dénutrition en pédiatrie ambulatoire
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Les bons gestes pour contrer la dénutrition en pédiatrie ambulatoire
D’après Prise en charge de la dénutrition de l’enfant en pédiatrie de ville,
Dr S. Brancato, SFP 2026
La dénutrition de l’enfant est une rupture d’équilibre entre les besoins de l’organisme et les apports réellement disponibles. Lors du congrès de la Société Française de Pédiatrie 2026, une communication a illustré que la dénutrition se diagnostiquait dès le cabinet grâce à la cinétique des courbes de poids, avant même les bilans biologiques. En cas d’échec d’optimisation de la courbe de poids, d’aggravation ou de dénutrition sévère, il est alors recommandé d’adresser le patient à des spécialistes de la nutrition afin d’approfondir l’étiologie et de ne pas laisser la situation s’installer.
Selon la définition HAS1, la dénutrition correspond à l’état d’un organisme en déséquilibre nutritionnel, lié à un bilan énergétique et/ou protéique négatif. Le déséquilibre inhérent à la dénutrition conduit à des effets délétères sur les tissus avec des changements mesurables des fonctions corporelles et/ou de la composition corporelle, associés à une aggravation du pronostic des maladies1.
Son diagnostic est exclusivement clinique1. Les examens biologiques peuvent de rechercher une cause comme une maladie cœliaque, une allergie alimentaire, une pathologie inflammatoire, une malabsorption mais ils ne remplacent pas la cinétique des courbes.
Remarque : Il est important de noter qu’un enfant avec un poids normal, en surpoids ou obèse peut être dénutri1. L’excès pondéral apparent ne protège pas d’une perte de masse maigre ni d’une cassure de trajectoire.
A retenir : Attendre un infléchissement de la courbe staturale n’est pas nécessaire pour agir et prendre en charge rapidement une dénutrition.
Le diagnostic de la dénutrition repose sur l’association d’un critère phénotypique et d’un critère étiologique1.
| Étape diagnostique | Critères principaux (1 seul critère suffit dans chaque catégorie) |
| Critères phénotypiques1 |
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| Critères étiologiques1 |
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Lorsque le diagnostic de dénutrition est établi, il est nécessaire de déterminer sa sévérité. Un seul critère de dénutrition sévère prime sur un ou plusieurs critères de dénutrition modérée.
La dénutrition modérée est retenue si l’IMC se situe entre les courbes IOTF 17 et 18,5, si la perte de poids reste entre 5 et 10 % en un mois ou entre 10 et 15 % en six mois et/ou si la stagnation pondérale place l’enfant entre deux et trois couloirs sous sa trajectoire habituelle. La dénutrition sévère est évoquée devant un IMC ≤ IOTF 17, une perte de poids supérieure à 10 % en un mois ou à 15 % en six mois, une stagnation pondérale d’au moins trois couloirs et/ou un infléchissement statural associé à la perte d’au moins un couloir par rapport à la taille habituelle.
A retenir : En cas d’IMC descendant sous la courbe IOTF 17, la dénutrition est sévère, justifiant la prescription de compléments nutritionnels oraux pédiatriques et un avis hospitalier pour adapter la prise en charge ambulatoire.
En pratique, la conduite à tenir est la suivante1 :
L’estimation des besoins énergétiques se fait en fonction du poids de l’enfant2 : de 0 à 10 kg, environ 100 kcal/kg ; de 10 à 20 kg, 1 000 kcal plus 50 kcal/kg entre 10 et 20 kg ; au-delà de 20 kg, 1 500 kcal plus 25 kcal/kg. Par exemple, pour un poids cible de 16 kg, l’objectif est de 1000 kcal + 6 x 50 kcal soit un total de 1 300 kcal/j.
Lorsque les enfants ne sont pas en capacité de consommer des gros volumes alimentaires, l’enrichissement permet d’augmenter la densité calorique sans augmenter les volumes
afin de conserver des ingestats acceptables par l’enfant. Par exemple, chez l’enfant de moins de 3 ans, certaines prises en charge choisissent de concentrer les substituts lactés. Sinon, pour tous les âges, l’ajout d’huiles végétales, de crème, de beurre ou de féculents peut être proposé. Par exemple, un gramme d’huile apporte 9 kcal. La maltodextrine constitue également une autre option : 20 kcal pour 5 g, à ajouter dans les biberons ou les desserts, en veillant à ne pas dépasser les apports glucidiques recommandés chez le nourrisson.
Toutefois, lorsque les besoins nutritionnels ne peuvent être couverts malgré cette stratégie, les compléments nutritionnels oraux (CNO) permettent souvent de restaurer rapidement les apports énergétiques et protéiques. Ils doivent être envisagés chez les enfants présentant une dénutrition modérée ou sévère lorsque l’alimentation enrichie ne permet pas d’atteindre les objectifs nutritionnels, ou lorsque les capacités d’ingestion sont limitées par la maladie, l’anorexie, la fatigue ou des troubles de l’alimentation. L’objectif n’est pas de remplacer l’alimentation habituelle mais de compléter les apports afin de favoriser le rattrapage pondéral tout en préservant la qualité de vie de l’enfant.
Encadré
Quels CNO privilégier ?
Plusieurs formulations hypercaloriques et hyperprotéinées sont disponibles en pratique pédiatrique. Ces produits existent en plusieurs saveurs afin d'améliorer l'observance, enjeu majeur de l'efficacité thérapeutique. Ils ne conviennent cependant pas aux enfants présentant une allergie aux protéines de lait de vache (APLV).
| Produit | Âge | Densité énergétique | Protéines |
| Infatrini (rapport C/PS 40/60) ou infasource (protéines LV partiellement hydrolysées) | Nourrissons jusqu’à 12 mois et remboursé | Isocalorique 100 ml = 100 kcal | Hyperprotéique 2,6 g/100 ml |
| NutriniDrink Multifibre® | Dès 1 an et remboursé jusqu’à 3 ans | Hypercalorique 150 kcal/100 ml | Hyperprotéique 3,3 g/100 ml |
| NutriniDrink Compact Multifibre® | Dès 3 ans et remboursé jusqu’à 10 ans | Hypercalorique 240 kcal/100 ml | Hyperprotéique 5,6 g/100 ml |
| NutriniDrink Smoothie® | Dès 1 an et remboursé jusqu’à 3 ans | Hypercalorique 150 kcal/100 ml | Hyperprotéique 3,3 g/100 ml |
A retenir : la dénutrition sévère doit conduire à solliciter rapidement un avis spécialisé hospitalier. Pour autant, la prise en charge nutritionnelle ne doit pas être différée dans l'attente de cette évaluation. Le pédiatre de premier recours peut dès cette étape :
Conclusion
La dénutrition pédiatrique se caractérise principalement par la perte de la trajectoire de poids. En pédiatrie ambulatoire, la vigilance nutritionnelle commence par un geste ancestral, très simple : tracer la courbe de poids et l’interpréter. Après le diagnostic, la recherche de l’étiologie et l’évaluation de la sévérité, il faut enrichir l’alimentation ou prescrire des CNO, puis revoir systématiquement l’enfant dans le mois afin d’évaluer cette prise en charge. La prescription d'un CNO ne doit pas être considérée comme un recours ultime mais comme faisant parti de l’arsenal thérapeutique. Chez l'enfant dénutri, elle constitue souvent un outil précoce permettant d'accélérer le rattrapage nutritionnel, de limiter l'aggravation de la dénutrition et d'éviter le recours à des stratégies nutritionnelles plus invasives. L'efficacité du traitement repose autant sur la prescription que sur la surveillance régulière des courbes de croissance et l'évaluation de l'observance.
Bibliographie :