• Dénutrition Pédiatrique Orale ou Entérale

Syndrome de Rett : ce que l’histoire naturelle nous apprend

  • Gastroentérologue
  • Médecin Généraliste
  • Neurologue
  • Diététicien
  • Pédiatre
  • Oncologue

Syndrome de Rett : ce que l’histoire naturelle nous apprend

D’après la communication Syndrome de Rett,

SFP 2026, N. Bahi-Buisson, C. Chiron et J. Fieschi.

 

Le syndrome de Rett est une maladie rare du neurodéveloppement, observée chez les filles, qui se caractérise par une période de régression lors du développement précoce1. Difficile à diagnostiquer, les errances diagnostiques sont fréquentes et les familles se retrouvent souvent désemparées. Les données d’Histoire Naturelle présentées lors du congrès de la Société Française de Pédiatrie 2026, décrivent une réalité très subtile de ce syndrome : avant la perte des acquisitions, le développement précoce n’est pas véritablement normal, mais plutôt « subnormal », avec des décalages discrets au début. Une meilleure connaissance des premiers signes de la maladie permettraient aux pédiatres ambulatoires et hospitaliers de diagnostiquer plus précocement ce syndrome et d’accompagner les patients et familles.

  1. Définition de la maladie

Cette affection dominante liée à l’X est causée par des mutations du gène codant pour la protéine MeCP2, protéine de liaison aux îlots CpG1. Son incidence est estimée à environ 1 naissance féminine sur 10 0002. À ce jour, il n’existe pas de traitement approuvé s’attaquant à la cause profonde de la maladie, ce qui renforce l’importance du suivi développemental, de l’anticipation des complications et de l’écoute des familles.

Il s’agit d’une maladie multisystémique. Ses signes cardinaux dépassent largement le seul trouble moteur1. Ils touchent1 :

  • La motricité globale : avec troubles de la mobilité, perte de coordination, anomalies de la marche, hypotonie ou dystonie,
  • La motricité fine : avec perte de la fonction manuelle intentionnelle et mouvements répétitifs des mains,
  • La communication : avec perte du langage, retrait social, troubles comportementaux et déficience intellectuelle,
  • Les fonctions autonomes : avec épilepsie, troubles du sommeil, anomalies respiratoires, troubles gastro-intestinaux, dysfonction cardiaque et troubles vasomoteurs.

L’âge moyen au diagnostic est de 2,7 ans pour les formes classiques et de 3,8 ans pour les formes atypiques. Le délai médian entre les premiers signes et la confirmation diagnostique reste de 1 à 3 ans, tandis que 15,4 % des patients sont diagnostiqués plus de cinq ans après les premiers symptômes.

 

  1. L’illusion d’une normalité initiale3,4

L’étude d’Histoire Naturelle (tableau 1), la plus grande étude disponible, met en évidence un piège clinique majeur : la plupart des nourrissons acquière des compétences simples, comme le sourire social ou la tenue assise avec soutien. Le développement initial de l’enfant avant 6 mois semble donc normal1 bien que ces apprentissages soient souvent atteints en retard. Les troubles deviennent plus nets après l’âge de 6 mois, lorsque les compétences attendues se complexifient. Entre 1 et 4 ans, la phase de régression commence avec des pertes de compétences (langage, motricité fine). Les compétences simples sont fréquemment perdues lors de cette période. Des traits caractéristiques comme un regard fixe et des mains jointes axiales doivent alerter. Les compétences plus complexes ne sont souvent jamais apprises et la motricité fine apparaît plus vulnérable que la motricité globale. Lors de la phase de stabilisation relative (vers l’adolescence), certaines acquisitions motrices globales, lorsqu’elles sont obtenues, peuvent être mieux préservées et être conservées à l’âge adulte (tableau 1).

 

DomaineDonnées clés issues de l’étude Histoire Naturelle
Étude d’histoire naturellePlus de 1 600 individus évalués sur 16 ans
Cohorte développementale précoce542 filles avec Rett classique, 96 avec Rett atypique
Motricité globaleStation assise seule acquise par 80 % des Rett classiques
Marche autonome par 53 % des Rett classiques
Motricité finePlus vulnérable que la motricité globale
La préhension en pince (74 % acquis) et le transfert d’objet (78 % acquis) sont massivement perdus lors de la régression
CommunicationSourire social 99 %, babillage 95 % sont presque universels initialement
Mots simples acquis par 77 %, puis perdus chez 86 %
Traits comportementaux dominantsAnxiété et peur rapportées chez environ 75 % des patientes. C’est le trait comportemental le plus fréquent.
Alternance de périodes de rires/cris inappropriés
Stéréotypies non manuelles : bruxisme et hyperventilation liés à l’état d’agitation
Préoccupations familialesCommunication 86 %, marche/motricité 74 %, épilepsie 58 %, fonction manuelle 45 %, troubles digestifs/constipation 28 %

Tableau 1 : résumé (non exhaustif) des données de l’étude d’Histoire Naturelle3,4,5

 

À retenir
Dans le syndrome de Rett, l’histoire précoce ne doit pas être considérée comme une normalité suivie d’une rupture brutale1. Elle correspond souvent à une trajectoire déjà déviée, mais peu visible dans les premiers mois de vie de l’enfant3.

 

  1. La famille : un critère clinique à part entière5

L’histoire naturelle ne se limite pas aux courbes de développement. Cette étude intègre aussi un questionnaire afin de connaître les préoccupations des aidants. La communication apparaît comme la première préoccupation des familles (86 %) avec l’impossibilité d’exprimer des besoins ou des émotions par l’enfant. Viennent ensuite la motricité globale/capacité à marcher (74 %), les crises d’épilepsie (58 %), la fonction manuelle (45 %), puis les troubles gastro-intestinaux/constipation (28 %) parfois sous-estimées par les cliniciens. De plus, ces préoccupations évoluent avec l’âge mais un critère majeur demeure : le besoin de communication reste prioritaire à tout âge.

Face au syndrome de Rett, les aidants se sentent souvent seuls, un peu comme s’ils demandaient d’avoir un « service après-vente » pour les aider et répondre à leurs questions. L’association Française du Syndrôme de Rett (AFSR), présidée par Julien Fieschi, lui-même papa, d’une jeune fille souffrant du syndrôme de Rett, peut soutenir et accompagner les familles.

Encadré

L’Association Française du Syndrome de Rett (AFSR - (https://afsr.fr/), avec plus de 700 familles adhérentes et plus de 1,4 million d’euros investis dans la recherche, est un allié pour les familles touchées par le syndrome de Rett. Ses actions d’information, de soutien et de mise en relation contribuent à rompre l’isolement, favoriser l’accès aux ressources spécialisées et renforcer le dialogue entre les familles, les cliniciens et les chercheurs.

 

Conclusion

Le syndrome de Rett illustre parfaitement l’importance d’une médecine pédiatrique fondée sur l’observation clinique, la continuité du suivi et le partenariat avec les familles. L’Histoire Naturelle du syndrome de Rett nous apprend à observer finement l’évolution de l’enfant pour identifier la maladie. Cette maladie rare devient ainsi un modèle de vigilance pédiatrique accrue. Le pédiatre est souvent le premier professionnel à pouvoir identifier les signes évocateurs de la maladie. Parce qu’il suit l’enfant lors des consultations de croissance, de vaccination et de développement, il est particulièrement bien placé pour repérer une régression après une période de développement initialement normale.

Face à une petite fille présentant un retard discret puis une stagnation ou une perte d’acquisitions, il sera important de surveiller la motricité fine, les capacités de communication expressive, les troubles respiratoires, digestifs, du sommeil, l’épilepsie et l’anxiété. Comme toute pathologie, le syndrome de Rett présente des formes classiques et des atypiques3, plus difficiles à diagnostiquer car plus discrètes, avec parfois, une préservation, plus ou moins fluctuantes, du contact visuel, de la motricité globale et de l’intérêt social4.

 

Bibliographie :

  1. Pini G et al. Rett Syndrome: a wide clinical and autonomic picture. Orphanet J Rare Dis 2016;11(1):132
  2. Laurvick C. L. et al. Rett syndrome in Australia: a review of the epidemiology. J Pediatr 2006;148(3):347-52
  3. Neul J.L. et al. Developmental delay in Rett syndrome: data from the natural history study. J Neurodev Disord 2014;6(1):20
  4. Buchanan C.B. et al. Behavorial profiles in Rett syndrome: data from the natural history study. Brain Dev 2019;41(2):123-134
  5. Neul J.L. et al. Top caregiver concerns in Rett syndrome and related disorders : data from the US natural history study. J Neurodev Disord 2023;15(1):33